Lundi
14/01/2008, en Arabie Saoudite, Nicolas Sarkozy a
souligné le fait que "dans le fond de chaque
civilisation, il y a quelque chose de
religieux". De l'avis du chef de l'Etat, "ce
sont les religions (...) qui nous ont les
premières appris les principes de la morale
universelle, l'idée universelle de la
dignité humaine".
Moins
d'un mois plus tôt à Rome, Nicolas
Sarkozy, qui était accompagné du
"spirituel" Jean-Marie Bigard, avait
souligné les "racines chrétiennes de
la France" et prôné une
"laïcité positive" tout en faisant
l'éloge de la foi, gage d'espérance
à ses yeux.
"Un
homme qui croit c'est un homme qui espère.
Et l'intérêt de la République
c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes
qui espèrent", avait-il dit le 20
décembre 2007 après avoir
été nommé chanoine à la
basilique Saint-Jean-de-Latran.
"Dans
la transmission et dans l'apprentissage de la
différence entre le bien et le mal,
l'instituteur ne pourra jamais remplacer le
curé ou le pasteur", avait aussi
estimé le chef de l'Etat, président
d'une République laïque.
"Sarkozy
réimplante quelque chose qu'on croyait
d'un autre âge. 'Catholique et
français toujours' c'est une vieille
rengaine qu'on reprenait dans les églises
autrefois. La marque, proprement ahurissante, du
discours de Nicolas Sarkozy, c'est de ne pas
parler au nom de tous les Français, mais
à partir d'une vision catholique
très traditionnelle qu'il assume comme la
sienne et celle de l'Etat
français.
Pour
parfaire son identification personnelle aux
ministres de droit divin, il est allé
jusqu'à dire 'sachez que nous avons au
moins une chose en commun, c'est la vocation. On
n'est pas prêtre à moitié on
l'est dans toutes les dimensions de sa vie,
croyez bien qu'on n'est pas Président de
la République à moitié, je
comprends les sacrifices que vous faites pour
répondre à votre vocation parce
que moi-même, je sais ce que j'ai fait
pour réaliser à la mienne'. C'est
à mes yeux incroyable. La
réalisation de sa mission politique, les
sacrifices personnels qu'il évoquait
durant la campagne électorale, sont dans
le droit fil d'une vocation
sacerdotale".
Le
Snes-FSU dans un communiqué publié
jeudi 17 janvier accuse Nicolas Sarkozy de
"distiller l'idée d'une République
soumise à la religion".
Le
député socialiste des
Hautes-Pyrénées Jean Glavany a
interpellé la majorité "Dieu n'est
plus cité à chaque page, mais
à chaque ligne, créant
désormais un problème de fond dans la
République".
La
France d'après, ne ressemble-t-elle pas,
chaque jour un peu plus à la France
d'avant? Une France nostalgique de l'ancien
régime. Contre-révolutionnaire,
catholique et fille aînée de
l'église.
"Cela
rappelle historiquement Charles Maurras",
souligne encore Christian Terras. "Maurras
ne croyait pas, mais il trouvait dans
l'église catholique le système
parachevé qui pouvait permettre à
un Etat de trouver le sens de sa destinée
sur terre, par rapport aux missions de Dieu,
pour que les responsables politiques puissent
vivre en bonne intelligence. Pour moi, Sarkozy
emprunte au système maurrassien. De
l'utilité du système
ecclésiastique pour cimenter la
cohésion sociale. Je vous donne, je vous
délègue, je décentralise la
question du sens et cela me permet de
gérer les affaires en fonction de mon
programme politique. Cela veut dire aussi
j'abdique ce que la République en
elle-même porte comme sens",
précise le directeur de la revue Golias,
avant de dénoncer: "La dangerosité
de ce discours, c'est quelque chose qui est
passé complètement sous silence
pendant la campagne présidentielle.
Nicolas Sarkozy ne pouvait engager un
débat sur la laïcité au
moment des élections: cela mettait le feu
aux poudres. Il ne peut le faire qu'en le
distillant. C'est sa conception de la
laïcité. Même s'il affirme ne
pas vouloir remettre en cause 1905, le projet de
Sarkozy violera 1905".
Vers
quelle République évolue donc la
France d'après?