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La France d'après, la religion et la République


Vendredi 18 janvier 2008

Lundi 14/01/2008, en Arabie Saoudite, Nicolas Sarkozy a souligné le fait que "dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux". De l'avis du chef de l'Etat, "ce sont les religions (...) qui nous ont les premières appris les principes de la morale universelle, l'idée universelle de la dignité humaine".

Moins d'un mois plus tôt à Rome, Nicolas Sarkozy, qui était accompagné du "spirituel" Jean-Marie Bigard, avait souligné les "racines chrétiennes de la France" et prôné une "laïcité positive" tout en faisant l'éloge de la foi, gage d'espérance à ses yeux.



"Un homme qui croit c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent", avait-il dit le 20 décembre 2007 après avoir été nommé chanoine à la basilique Saint-Jean-de-Latran.

"Dans la transmission et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur", avait aussi estimé le chef de l'Etat, président d'une République laïque.

Christian Terras, directeur de la revue Golias, dans un long entretien avec Karl Laske, journaliste à Libération, estime que

"Sarkozy réimplante quelque chose qu'on croyait d'un autre âge. 'Catholique et français toujours' c'est une vieille rengaine qu'on reprenait dans les églises autrefois. La marque, proprement ahurissante, du discours de Nicolas Sarkozy, c'est de ne pas parler au nom de tous les Français, mais à partir d'une vision catholique très traditionnelle qu'il assume comme la sienne et celle de l'Etat français.

Pour parfaire son identification personnelle aux ministres de droit divin, il est allé jusqu'à dire 'sachez que nous avons au moins une chose en commun, c'est la vocation. On n'est pas prêtre à moitié on l'est dans toutes les dimensions de sa vie, croyez bien qu'on n'est pas Président de la République à moitié, je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même, je sais ce que j'ai fait pour réaliser à la mienne'. C'est à mes yeux incroyable. La réalisation de sa mission politique, les sacrifices personnels qu'il évoquait durant la campagne électorale, sont dans le droit fil d'une vocation sacerdotale".

 

Le Snes-FSU dans un communiqué publié jeudi 17 janvier accuse Nicolas Sarkozy de "distiller l'idée d'une République soumise à la religion".

Le député socialiste des Hautes-Pyrénées Jean Glavany a interpellé la majorité "Dieu n'est plus cité à chaque page, mais à chaque ligne, créant désormais un problème de fond dans la République".

La France d'après, ne ressemble-t-elle pas, chaque jour un peu plus à… la France d'avant? Une France nostalgique de l'ancien régime. Contre-révolutionnaire, catholique et fille aînée de l'église.

"Cela rappelle historiquement Charles Maurras", souligne encore Christian Terras. "Maurras ne croyait pas, mais il trouvait dans l'église catholique le système parachevé qui pouvait permettre à un Etat de trouver le sens de sa destinée sur terre, par rapport aux missions de Dieu, pour que les responsables politiques puissent vivre en bonne intelligence. Pour moi, Sarkozy emprunte au système maurrassien. De l'utilité du système ecclésiastique pour cimenter la cohésion sociale. Je vous donne, je vous délègue, je décentralise la question du sens et cela me permet de gérer les affaires en fonction de mon programme politique. Cela veut dire aussi j'abdique ce que la République en elle-même porte comme sens", précise le directeur de la revue Golias, avant de dénoncer: "La dangerosité de ce discours, c'est quelque chose qui est passé complètement sous silence pendant la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy ne pouvait engager un débat sur la laïcité au moment des élections: cela mettait le feu aux poudres. Il ne peut le faire qu'en le distillant. C'est sa conception de la laïcité. Même s'il affirme ne pas vouloir remettre en cause 1905, le projet de Sarkozy violera 1905".

Vers quelle République évolue donc la France d'après?



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